41-MyyRnLOL

 

Dans son ouvrage "Enseigner à vivre", Edgar Morin parle d'éducation, et d'école.

Alors, on ne va pas se mentir, Edgar Morin ne remet pas en doute l'utilité de l'institution scolaire, il ne la questionne même pas. Les deux tiers de ce livre sont consacrés aux préconisations en matière de scolarisation : Edgar Morin y évoque ce qui, selon lui, pourrait permettre, une fois de plus, de réformer l'école, de la "régénérer" dit-il, afin de l'améliorer.

MAIS, dans le premier tiers du livre environ, il fait part de son analyse du système actuel, et fait une critique de l'école en y intégrant son point de vue sur la complexité de nos sociétés. On peut aussi y lire, entre les lignes, une vision de l'enfant empreinte de confiance.

Voici quelques citations, qui permettent d'illustrer sa critique de l'école actuelle :

" Ainsi, notre éducation ne nous enseigne que très partiellement et insuffisamment à vivre, et elle s'écarte de la vie en ignorant les problèmes permanents du vivre (...) et en découpant les connaissances en tranches séparées. La tendance techno-économique de plus en plus puissante et pesante tend à réduire l'éducation à l'acquisition de compétences socio-professionnelles au détriment de compétences existentielles."

" L'école (...) n'apporte pas le viatique bien-faisant pour l'aventure de vie de chacun. Elle n'apporte pas les défenses pour affronter les incertitudes de l'existence, elle n'apporte pas les défenses contre l'erreur, l'illusion, l'aveuglement. Elle n'apporte pas (...) les moyens qui permettent de se connaitre et de comprendre autrui. Elle n'apporte pas la préoccupation, l'interrogation, la réflexion sur la bonne vie ou le bien vivre. Elle n'enseigne que très lacunairement à vivre, défaillante en cela à ce qui devrait être sa mission essentielle."

L'évaluation "tend à s'insérer dans un gigantesque système d'évaluations quantitatives qui se généralise dans toute la société où les évaluateurs sont eux-mêmes évalués par de super-évaluateurs qui n'ont jamais su s'auto-évaluer ni mettre en doute leurs évaluations. Le calcul (statistiques, sondages, croissance, PIB...) envahit tout. Le quantitatif chasse le qualitatif. L'humanisme est en régression sous la poussée techno-économique."

" Contrairement à ce que l'on croit, les enfants font fonctionner spontanément leurs aptitudes synthétiques et leurs aptitudes analytiques. (...) L'enfant est apte à saisir cette complexité du réel alors que souvent, l'adulte, formé par l'enseignement académique, ne le peut plus."

" Chez les enfants et les jeunes, quelle merveilleuse curiosité pour toutes choses, souvent déçue par un enseignement qui coupe la réalité du monde en tranches séparées."